« Il y avait déjà Quelqu’un… » : Quand la petite voix de l’enfance appelle, des années plus tard
Lettre aux catéchistes

Chers catéchistes,
Parfois, au cœur d’une session dans l’atrium, alors que les enfants manipulent en silence (ou pas !) les figures du Bon Berger ou écoutent (ou pas !) la proclamation d’une parabole, on peut se demander : « Que retiennent-ils vraiment ? Ces gestes, ces silences, ces semences de Parole… portent-ils du fruit ? »
Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous un motif d’espérance joyeuse, tiré de quelques lectures et de témoignages émouvants glanés au fil des mois. Oui, ces graines plantées dans la tendresse de l’enfance germent souvent bien plus tard, parfois seulement à l’âge adulte, et donnent des fruits magnifiques.
Un appel intérieur qui ne s’éteint jamais
Dans son enquête auprès de jeunes catéchumènes, Antoine Pasquier, journaliste à Famille Chrétienne rapporte une phrase qui revient comme un refrain émouvant : «Petit, j’ai toujours cru qu’il y avait quelque chose. » Au début, le journaliste est sceptique : ce genre de phrase lui semble vague et évasif. Mais après de nombreux témoignages croisés – lettres de catéchumènes, récits de jeunes de 20-25 ans –, l’évidence s’impose: Dieu s’est manifesté très tôt, sous forme d’une présence, d’une force douce, d’un « Quelqu’un » parfois sans nom précis.
“Petite, je parlais déjà de Dieu à mes parents, mais ils n’ont pas creusé“
Jeanne, 22 ans, catéchumène à Lille, confie : « Je pense que c’est depuis mon enfance. Petite, je parlais déjà de Dieu à mes parents, mais ils n’ont pas creusé. Pour moi, croire était la chose la plus naturelle du monde. J’avais l’impression d’être née avec ça. » Elle évoque ces « petites voix dans [sa] tête » qui l’accompagnaient, jusqu’à ce qu’au lycée, après une pause, elle reprend le dialogue avec Dieu… exactement comme quand elle était petite.
Même dans des familles athées ou moqueuses de la religion, comme pour Angélique (baptisée en 2024), la certitude d’un « Dieu » était là, inexplicable. Au primaire, elle avait même demandé à une amie d’écrire le Notre Père, qu’elle récitait en cachette dans sa chambre, sans tout comprendre, mais le cœur bouleversé.
Ces expériences ne produisent pas toujours une foi explicite immédiate surtout si elles n’ont pas été nourries. Elles restent en veille, comme une braise sous la cendre : périodes de doute, de questionnement, de latence… Puis, un jour, l’Esprit ravive la flamme, et l’adulte répond à cet appel ancien.
Une graine plantée à 3 ans : le témoignage bouleversant de Véronique Lévy
Véronique Lévy, sœur de Bernard-Henri Lévy, raconte dans Montre-moi ton visage (2015) comment, à 3 ans, sur une plage bondée du sud de la France, une petite fille nommée Coralie l’entraîne à l’écart et lui dit avec une gravité enfantine : « Crois en Jésus, sinon les robots vont t’emporter ! » Coralie lui apprend le Notre Père, le Je vous salue Marie, et lui offre un crucifix. Ce premier contact avec le Christ l’a « saisie » dès l’enfance, plantant une graine qui, malgré un parcours chaotique, a fleuri en une conversion profonde au catholicisme à l’âge adulte (baptême en 2012).
Ce que Coralie a fait spontanément, nos enfants le vivent dans l’atrium : une rencontre simple, directe, avec le Christ, par le biais d’un geste, d’une parole du catéchiste ou même d’un autre enfant.
Tolstoï, Montessori, Cavalletti, Gobbi… l’intuition confirmée
Dès leur époque, Tolstoï, Maria Montessori, Sofia Cavalletti et Gianna Gobbi ont reconnu cette richesse intérieure étonnante des jeunes enfants : une sensibilité spirituelle naturelle, un intérêt marqué pour la Parole, une capacité à la contemplation, à la joie de Dieu. Quand elle est nourrie – dans l’atrium, par la proclamation de la Parole, par le silence partagé –, elle se développe. Sinon, elle entre en latence… mais ne disparaît pas. Elle peut ressurgir des décennies plus tard, parfois même aux portes de la mort, quand les prières apprises dans l’enfance remontent aux lèvres des mourants.
Chers catéchistes, votre travail n’est pas aride : il est prophétique !
Vous le savez : accompagner les 3-6 ans (et au-delà) par la Catéchèse du Bon Berger demande patience, discrétion, confiance dans l’Esprit qui agit dans l’enfant. On ne voit pas toujours les fruits immédiats. Mais ils sont là, invisibles et puissants.
Chaque fois qu’un enfant manipule le matériel du Bon Berger, écoute une parabole du Royaume, ou reste en silence devant le mystère de l’autel, vous plantez une graine d’amour éternel. Cette graine peut sommeiller des années, mais quand elle germe – chez l’adolescent en quête de vérité, chez le jeune adulte catéchumène, ou même bien plus tard –, elle révèle la fidélité de Dieu qui n’oublie jamais Ses petits.
Merci pour votre « oui » quotidien. Vous êtes les jardiniers discrets d’un Royaume qui grandit en silence, mais sûrement.
Que le Bon Berger continue de guider chacun de vos pas… et de murmurer à l’oreille de « vos » enfants : « J’étais déjà là, depuis toujours. »
Avec toute ma gratitude et mon affection fraternelle,
Valérie Valentin

