Fabriquer son matériel, un travail inspiré

Fabriquer son matériel, un travail inspiré

Par Angélique Cousin

Caractéristique #25 : « Le catéchiste doit fabriquer le matériel à la main (…) »

Parce que c’est nécessaire. Parce que c’est l’ordre logique des choses, la progression naturelle pour un enfant… Mais aussi parce que, confusément, on sent qu’il se joue quelque chose de capital lorsqu’on fabrique du matériel… Comme une montée en puissance qui soudain jaillit : il se fait un besoin impérieux de fabriquer ce qui va bientôt venir enrichir une étagère de l’atrium. Pour moi, en ce matin d’avril, c’est le tombeau qu’il me faut réaliser afin de méditer le mystère pascal avec les enfants de mon tout jeune atrium.

Les doutes ne tardent pas à arriver, avec leurs mille bonnes raisons : le temps nécessaire, toujours plus que ce qu’on pense pouvoir donner, la complexité de réalisation, le manque de confiance en ses capacités, la multiplicité des sources d’inspiration, qui nous effrayent et dispersent notre volonté. Vraiment, ce tombeau, est-ce bien raisonnable ? Suis-je à la hauteur de ces magnifiques réalisations que j’ai pu voir autour de moi ? Pourquoi la forme de ce tombeau ? D’ailleurs, que disent les recherches archéologiques sur ce point ?

Puis  vient le temps de l’audace. Soudain, le moment est arrivé. Il est l’heure de se lancer, vaille que vaille. A nous deux, Tombeau ! Justement, ces plaques de polystyrène gardées par hasard (par hasard, vraiment ?) feraient une base de travail idéale. Et puis ces quelques après-midis qui se sont libérées, cette pièce qui sert d’ordinaire de bureau et pourrait bien être envahie durant quelques jours de vacances… Oui, il est libérateur ce moment où enfin on ose se lancer de tout son enthousiasme, ad majorem Dei gloriam.

Le début est prometteur mais bientôt les aléas s’invitent. Le polystyrène extrudé libère, quand on le creuse, une quantité invraisemblable de petites billes qui s’incrustent entre les lattes du parquet, se logent dans les moindres recoins sans être aucunement inquiétées par l’aspirateur. Le bureau avait-il vraiment mérité ce chaos ? Oui, j’absorbe le contenu du matériel en profondeur, un peu trop peut-être.

Alors arrive un point de bascule : l’enthousiasme est nécessaire pour se lancer mais c’est dans la persévérance que tout se joue. La caractéristique 25 de la catéchèse est explicite sur ce point : ce matériel doit être fabriqué à la main pour « combattre la précipitation, le consumérisme et même l’efficacité excessive ». Vraiment, il est bon de penser que notre rôle de catéchiste s’incarne profondément dans ce temps passé pour les enfants, ce temps priant où nous confions toutes les graines de foi que nous espérons semer, à travers nos déconvenues et la grande imperfection de notre matériel. Au rythme de l’enfant, en communion de travail avec toutes les catéchistes passées par là avant nous, nous nous en remettons à l’action de l’Esprit Saint.

Enfin, le travail touche à sa fin : le polystyrène est dompté, les bandes plâtrées et la peinture ont transformé les pans bien blancs en une montagne plus vraie que nature. Bien sûr, il y a toutes ces maladresses qui nous sautent aux yeux mais il est hors de question de tout refaire. J’aime penser que toutes les imperfections de notre matériel participent à la grandeur de ce que nous offrons aux enfants : certes, ce matériel présente des défauts mais il nous rappelle que ce n’est pas la beauté de l’objet qui convertit, seulement l’Esprit dans son dialogue intime avec l’enfant.

Ce matériel est l’aboutissement d’un travail dont personne ne saura ce qu’il a coûté d’énergie et d’ingéniosité mais le « Oh ! » admiratif de mes enfants découvrant la réalisation vaut toutes les récompenses du monde. L’authentique épreuve de vérité, pourtant, se vivra lorsque les enfants de l’atrium travailleront enfin avec. Il faut parfois être patient, car un nouveau matériel sur l’étagère n’est pas toujours utilisé immédiatement ; le temps de Dieu n’est pas toujours celui des catéchistes…

La jubilation intérieure que l’on éprouve en étrennant un matériel est proprement prophétique. Après avoir longuement médité la Parole, voici que j’offre le travail de mon cœur, de mon esprit, de mon cœur, en vue d’annoncer la Bonne Nouvelle.

Caractéristique #25 : « Le catéchiste doit fabriquer le matériel à la main pour les raisons suivantes :

  • Absorber le contenu plus profondément ;
  • Combattre la précipitation, le consumérisme et même « l’efficacité » excessive :
  • S’adapter au rythme de l’enfant, et donc aussi – du moins le croyons-nous – à l’action de l’Esprit Saint ;
  • Essayer d’unifier la main, l’esprit et le cœur. »